Crise économique, révolution numérique, contrefaçon du métier de la presse,
dérapages des médias grand public sur les sujets de santé, image ternie
du monde médical, monopole de l’indexation des revues en langue anglaise...
La presse des professionnels de santé n’a pas manqué d’être malmenée ces dernières
années au point d’être sérieusement mise à mal, voire d’être menacée...
Et paradoxalement, en 2011, comme les années passées*, tous les lecteurs ont souligné
d’une voix unanime la valeur de l’écrit scientifi que en langue française et sa place
dans leur formation continue (84 % des praticiens interrogés reconnaissaient dans
la presse médicale un élément essentiel dans leur formation, devant la participation
à un congrès [73 %], la lecture de manuels [72 %], l’Internet [66 %] et les séances d’enseignements
postuniversitaires [EPU] organisées par les associations professionnelles [51 %]).
C. Damour-Terrasson
Le terme de “biomarqueur” est ambigu. Selon
Wikipédia, un biomarqueur est une caractéristique
mesurable, indicatrice de processus biologiques
normaux ou pathologiques, ou de réponses
pharmacologiques à une intervention thérapeutique. En
fait, les médecins tirent parti des biomarqueurs depuis
toujours, comme M. Jourdain faisait de la prose. La glycémie,
identifiée en 1848, est un biomarqueur utilisé
pour caractériser le diabète et pour évaluer l’efficacité
des médicaments antidiabétiques. Mais ce n’est probablement
pas de ce genre de biomarqueurs que les
lecteurs du Courrier de la Transplantation espèrent nous
voir traiter ici, mais plutôt des “nouveaux” biomarqueurs,
et ils ne seront pas déçus…
Y. Calmus
ImmuKnow® est un marqueur non invasif du statut de
l’immunité cellulaire, pouvant permettre d’identifier des
situations à risque de sous- ou sur-immunosuppression après
transplantation d’organe. ImmuKnow® mesure la synthèse
intracellulaire d’ATP dans les lymphoctes T CD4+ du sang
total. La quantité d’ATP produite refl ète la fonction cellulaire T
globale, même chez des patients recevant une combinaison
de médicaments immunosuppresseurs. Le test commercial
propose 3 zones de réponse immune : forte, modérée et faible,
permettant d’ajuster le traitement immunosuppresseur. Ce test
est proposé dans plusieurs situations : greff e d’organe, prise
en charge des maladies infectieuses, auto-immunité, cancer,
vaccination et développement de nouveaux médicaments.
B. L. Stewart
L’implication des microARN dans la régulation de l’immunité
innée et adaptative a récemment été identifiée. Nos travaux, qui
ont été parmi les premiers à faire entrer les miARN dans le champ
de la biologie de la transplantation, suggèrent leur implication
potentielle comme biomarqueurs de rejet, et pourraient également
améliorer notre compréhension de la régulation des gènes au cours
du processus physiopathologique d’agression allo-immune et, plus
largement, de réponse rénale à l’inflammation
Lucile Amrouche, Clémentine Rabaté, Dany Anglicheau
Un des objectifs en transplantation humaine est d’induire un
état de tolérance où le greffon serait accepté en l’absence de
traitement immunosuppresseur, sans compromettre la santé
du patient. Face à la difficulté d’induire un tel état de tolérance
chez l’homme, une recherche active est conduite pour définir,
identifier et valider des marqueurs biologiques qui permettraient
de le dépister parmi les patients transplantés rénaux présentant
une fonction stable de leur greff on sous immunosuppresseurs
et qui pourraient bénéfi cier de protocoles de minimisation des
traitements immunosuppresseurs. Plusieurs études ont ainsi
permis de mettre en évidence des signatures de la tolérance
opérationnelle, notamment un enrichissement en gènes reliés
aux lymphocytes B. La différenciation des lymphocytes B en
plasmocytes produisant des anticorps et ayant un rôle délétère
pour le greffon est bien décrite en transplantation. Cependant, les
lymphocytes B ont aussi des propriétés immunosuppressives chez
la souris et l’homme. Différents travaux suggèrent l’existence de
telles populations régulatrices chez ces patients, mais tout reste
encore fonctionnellement à démontrer.
Richard Danger, Jean-Paul Soulillou, Sophie Brouard
La médecine prédictive est une des pistes d’avenir. L’utilisation des
polymorphismes génétiques pour l’efficacité d’un médicament, pour
le choix de la dose et les effets indésirables pourra à l’avenir aider
à une meilleure utilisation des traitements après transplantation.
Éric Thervet
Les résultats de la transplantation hépatique sont actuellement
très satisfaisants. Cependant, des complications peuvent provoquer
des lésions de fibrose, dont le risque est la perte du greffon. Une
évaluation précise et répétée de la fonction du greffon est nécessaire
si l’on veut améliorer les résultats à long terme : de nombreuses
équipes réalisent des biopsies hépatiques systématiques tardives.
Cependant, la biopsie est associée à une morbidité assez importante
et des marqueurs non invasifs de fibrose ont été validés chez les
patients immunocompétents, en particulier pour les patients positifs
pour le virus de l’hépatite C.
Filoména Conti
» La transplantation hépatique (TH) est actuellement le seul moyen
de traiter l’insuffisance hépatique terminale liée à l’infection par le
virus de l’hépatite C (VHC).
» Les patients transplantés sont confrontés au rejet du greffon qui
n’est que partiellement maîtrisé par les lymphocytes T régulateurs
(Treg) et par le traitement immunosuppresseur (IS). De nombreuses
études ont montré l’implication bénéfique des Treg dans l’induction
de la tolérance ; cependant, leur fonctionnalité peut être modifiée
par les IS, en particulier par les inhibiteurs de calcineurine.
» Les patients transplantés pour cause de cirrhose C sont de plus
confrontés à la réinfection du greffon par le VHC. Outre les facteurs
liés au virus ou à l’hôte, les Treg sont impliqués à la fois dans la
sévérité de la récidive virale et dans la réponse au traitement
antiviral, après une TH.
Nadira Delhem, Olivier Morales
Cette nouvelle et 62e version du congrès de l’American
Association for the Study of Liver Disease
(AASLD), qui s’est déroulée en un lieu magnifique,
en Californie, était cette fois encore très riche en communications
ou posters. Plus de 2 200 abstracts couvraient
tous les domaines de l’hépatologie médicale, chirurgicale,
particulièrement la transplantation hépatique (TH). La
journée de formation médicale continue (ILTS Transplant
Course), riche en conférences de haut niveau assorties
de controverses, était consacrée aux modalités et aux
conséquences des traitements immunosuppresseurs
des patients transplantés, allant de la place des traitements
d’inductions à celle des inhibiteurs des mTOR et
aux stratégies vers l’immunotolérance, en passant par la
corticothérapie, la minimisation et l’épargne en inhibiteurs
de la calcineurine. La représentation médicale française
était relativement moins importante, marquée par la
crise, les restrictions budgétaires et le souci posé par les
conflits d’intérêts. Nous résumons ci-dessous quelques
communications qui nous ont paru intéressantes du point
de vue clinique ou thérapeutique.
Faouzi Saliba